Haro sur la kiné respiratoire de la bronchiolite : le vrai du faux

De Medscape France

Auteur : Aude Lecrubie

7 décembre 2012

Barcelone, Espagne ; Clamart, France — Depuis quelques jours, à en juger par quelques articles de presse, la kinésithérapie respiratoire dans la bronchiolite du nourrisson est tout bonnement à jeter au panier. A l’origine ? Une méta-analyse de la bibliothèque Cochrane qui conclut à l’inefficacité de la kinésithérapie respiratoire chez les nourrissons hospitalisés pour une bronchiolite aiguë [1] et dont s’est fait l’écho la revue Prescrire.

Faut-il pour autant rejeter la technique pour les bronchiolites du nourrisson vues en ville qui représentent la quasi-totalité des cas ?

Interrogés par Medscape France, le Dr Vincent Gajdos, (pédiatre, hôpital Antoine Béclère, Clamart, France) et Sylvain Bailleux (kinésithérapeute libéral et hospitalier, hôpital Antoine Béclère, Clamart, France) appellent à ne pas faire d’amalgame entre des situations très différentes : la situation d’urgence à l’hôpital et la consultation de ville.

« Cette étude de la Cochrane n’est qu’une confirmation de ce que l’on savait déjà. Jusqu’ici les études qui ont été faites, dont la nôtre (Bronkinou [2]), ont montré que la kinésithérapie respiratoire n’est pas efficace chez les enfants hospitalisés, mais ils ne représentent que 3% des cas de bronchiolites. En ville, pour 97% des bronchiolites, les objectifs de soins sont différents », a commenté le Dr Gajdos.

Le pédiatre déplore le manque de données de la littérature sur l’intérêt de la kinésithérapie respiratoire en ville. « Nous tentons de lancer une étude mais nous n’avons pas les financements. ». Mais l’expérience de terrain permet déjà d’apporter quelques réponses.

Kiné respiratoire serait-elle inutile voire dangereuse ?

La réponse est non. La kinésithérapie respiratoire n’a pas pour prétention de diminuer la durée d’hospitalisation ou de la maladie mais d’apporter un meilleur confort et une meilleure qualité de vie à l’enfant.

« Le principal motif de consultation en ville est que l’enfant ne mange pas et qu’il ne dort plus. Or, le retour des parents est que les enfants mangent mieux et dorment mieux après la kinésithérapie respiratoire. D’ailleurs, une étude bordelaise [3] sur près de 5000 enfants a montré que 55% des nourrissons présentant des difficultés alimentaires avant la première séance de kinésithérapie respiratoire n’en présentaient plus le lendemain de la séance. Ce n’est pas négligeable », souligne Sylvain Bailleux.

Y a-t-il des abus ?

Certainement. « Beaucoup se sont engouffrés dans ce créneau parce qu’il rapporte. Il est vrai qu’un certain nombre d’enfants font des séances de kinésithérapie respiratoire alors qu’ils n’en ont pas besoin », commente Sylvain Bailleux.

Pourtant la situation s’est beaucoup régulée. « La pratique de la kinésithérapie respiratoire en ville dans la bronchiolite du nourrisson a évolué et elle n’est plus aussi systématique qu’auparavant », indique le pédiatre.

Aujourd’hui, les patients sont mieux ciblés. « A l’hôpital Béclère, les médecins ne prescrivent plus d’emblée des séances de kinésithérapie mais plutôt des « avis kiné ». Par deux ou trois manœuvres d’augmentation du flux, le kinésithérapeute voit si quelque chose se décroche et remonte et si la séance de kinésithérapie respiratoire est vraiment nécessaire. En outre, nous savons que la kinésithérapie respiratoire peut destabiliser un enfant et nous ne la pratiquons que si l’état clinique de l’enfant le permet », explique Sylvain Bailleux.

Il rappelle également qu’il est important de bien connaître les contre-indications à la kinésithérapie respiratoire comme l’ostéogenèse imparfaite ou le rachitisme et les contre-indications relatives comme d’être dans les deux heures qui suivent un repas.

Le kinésithérapeute et le pédiatre insistent sur l’importance d’adresser les enfants à des kinésithérapeutes spécifiquement formés à l’augmentation du flux expiratoire (AFE), la seule technique de référence reconnue par la conférence de consensus médicale et par celle des kinésithérapeutes.

Quid du risque de fracture de côtes ?

Le risque de fracture de côtes mentionné par la revue Prescrire est à relativiser, selon le kinésithérapeute et le pédiatre. « Cet article de Chalumeau et coll sur les fractures de côtes ne prouve rien du tout [4]. Il ne donne pas d’informations sur le type de kinésithérapie et ne permet pas de savoir si c’est la kinésithérapie respiratoire qui est à l’origine des fractures de côtes », indique Sylvain Bailleux.

Il ajoute que l’étude Fra Co Nou, validée par Société de Pneumologie de Langue Française, qui a inclus 5000 nourrissons traités en kinésithérapie n’a relevé aucune fracture de côte [5].

« A côté de cela, à l’hôpital, où nous avons reçu des centaines de milliers d’enfants depuis plus de trente ans, nous n’avons jamais observé de fracture de côte. »

Pour conclure, le Dr Gajdos souligne qu’il ne faut pas oublier que « le kinésithérapeute ne fait pas que des manœuvres mais qu’il a aussi un rôle essentiel dans la surveillance et dans l’éducation thérapeutique des familles. »

Cette mauvaise presse pour les kinésithérapeutes pourrait bien contribuer à saturer encore un peu plus le cabinet des médecins cet hiver.

Revue Cochrane : des résultats concordants d’un essai à l’autre
Les auteurs de l’étude Cochrane ont colligé les données de 9 essais rassemblant 891 nourrissons de moins de 2 ans. La technique de percussions et vibrations thoraciques associées au drainage postural a été évaluée dans cinq essais, chez 246 nourrissons [1]. La technique d’accélération du flux respiratoire avec toux provoquée, préconisée en France, a été évaluée dans quatre essais, chez 645 nourrissons.Selon l’analyse, la kinésithérapie respiratoire n’a pas permis de réduire la durée de la maladie (13 jours en moyenne), d’améliorer les scores cliniques ou de réduire la durée d’hospitalisation par rapport l’absence de traitement.

Globalement, les essais n’ont pas mis en évidence d’effets secondaires, sauf un qui a rapporté un nombre plus élevé d’épisodes de vomissement et d’instabilité respiratoire après la kinésithérapie.

Les conclusions sont « robustes bien qu’elles s’appuient sur un petit nombre d’essais, parce que les résultats sont concordants d’un essai à l’autre et en particulier avec un large essai qui présente peu de biais », concluent les auteurs.

Le Dr Gajdos et Sylvain Bailleux n’ont pas déclaré de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.